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Bilan MaPrimeRénov' S1 2026 : les Français plébiscitent les monogestes, menacés au 1er septembre

L'Anah publie son bilan du 1er semestre 2026 : 110 835 logements rénovés, des rénovations par geste qui retrouvent leur niveau de 2025, mais la rénovation d'ampleur en retrait.

Posté le 28/07/2026 par PrimesÉnergie.fr

Bilan S1 2026 MaPrimeRénov

L'Anah a publié en juillet 2026 son bilan du premier semestre pour MaPrimeRénov', MaPrimeAdapt' et Ma Prime Logement Décent. Les chiffres montrent une reprise progressive après un début d'année paralysé par le vote tardif de la loi de finances. Mais le bilan révèle surtout une contradiction difficile à ignorer : au moment précis où la rénovation par geste retrouve son niveau de 2025, le gouvernement s'apprête à en supprimer la quasi-totalité à partir de septembre.

Les chiffres clés du S1 2026 : 110 835 logements rénovés avec MaPrimeRénov', dont 69 426 rénovations par geste et 41 409 rénovations d'ampleur. 1,4 milliard d'euros d'aides accordées pour 2,8 milliards d'euros de travaux générés. Délai moyen d'instruction : 6 mois.

Un premier semestre sous contrainte budgétaire

Le premier semestre 2026 ne peut pas se lire comme un semestre ordinaire. L'absence de budget voté en début d'année a gelé les dépôts de nouveaux dossiers et retardé les engagements pendant plusieurs semaines. Une partie des chiffres du S1 reflète donc la résorption d'un stock de dossiers en attente, et non une dynamique de fond.

L'Anah le reconnaît elle-même : les équipes ont été « pleinement mobilisées afin de résorber les stocks ». Plus de 9 000 dossiers ont été rejetés sur la période pour caractère incomplet ou absence de réponse, un chiffre élevé qui traduit à la fois l'effort de contrôle renforcé et l'accumulation de dossiers anciens dans les files d'attente.

Dans ce contexte, les 110 835 logements rénovés et le 1,4 milliard d'euros d'aides accordées doivent être lus avec précaution. Ils représentent un bon premier semestre sur le papier, mais leur base de comparaison est faussée par la paralysie du début d'année.

La rénovation par geste retrouve son niveau de 2025. Mais devrait être raboté en septembre.

C'est le paradoxe central de ce bilan. Le document de l'Anah lui-même le note sobrement : « La dynamique de la rénovation par geste retrouve un niveau comparable à celui de l'année dernière ». Avec 69 426 logements rénovés par geste et 68 016 dossiers déposés sur le seul deuxième trimestre, les Français manifestent clairement leur appétit pour ce parcours.

La répartition des travaux financés est particulièrement éloquente. Au premier semestre 2026, 81 % des gestes financés concernent le chauffage :

  • Pompe à chaleur air/eau : 36 185 logements, soit 41 % de tous les gestes financés. Premier geste de loin.

  • Poêles à granulés : 10 210 logements, soit 12 %.

  • Chauffe-eau thermodynamique : 9 087 logements, soit 10 %.

  • Chauffage solaire combiné : 6 039 logements, soit 7 %.

  • Isolation des murs par l'extérieur : 7 056 logements, soit 8 % des gestes.

Or, parmi ces gestes, seule la PAC air/eau restera dans le parcours par geste après septembre 2026. Le chauffe-eau thermodynamique, les poêles à granulés, le chauffage solaire et l'isolation disparaîtront du dispositif.

Le chiffre qui résume tout : au S1 2026, 36 185 PAC air/eau ont été financées en par geste. Elles représentent à elles seules 28 % du budget d'aides de la rénovation par geste. Cette dynamique sera préservée après septembre. Mais les 33 241 autres gestes de chauffage et d'isolation qui complètent souvent ces projets ne bénéficieront plus de MaPrimeRénov'. Seule la prime énergie continuera de les financer.

La rénovation d'ampleur, toujours en retrait par rapport à 2025

Sur le parcours accompagné, le bilan est plus nuancé. 41 409 rénovations d'ampleur ont été engagées au S1 2026, dont 21 221 pour des propriétaires occupants, 3 042 pour des propriétaires bailleurs et 17 146 logements en copropriété.

Mais là encore, l'Anah reconnaît que « les niveaux de dépôts des rénovations d'ampleur restent inférieurs à 2025 pour les logements individuels ». Seul le segment copropriétés maintient un niveau équivalent à l'an dernier.

Cette tendance n'est pas surprenante. La rénovation d'ampleur est structurellement plus difficile d'accès que le par geste : elle exige un audit énergétique préalable, un accompagnateur Rénov' agréé, un logement classé E, F ou G au DPE, et un gain minimum de deux classes. Pour beaucoup de ménages, ces conditions représentent une barrière réelle, d'autant que les délais d'instruction moyens atteignent aujourd'hui 6 mois, avec d'importantes disparités territoriales.

Parcours Logements S1 2026 Aides accordées Travaux générés Tendance vs 2025
Rénovation par geste 69 426 273,6 M€ 991,4 M€ Comparable à 2025
Rénovation d'ampleur 41 409 1,1 Md€ 1,8 Md€ En retrait (logements individuels)

Les montants moyens confirment la différence de nature entre les deux parcours. En rénovation d'ampleur, les ménages très modestes et modestes déclarent en moyenne 54 997 € HT de travaux, pour une subvention moyenne de 41 390 €. Les ménages intermédiaires et supérieurs, eux, déclarent 65 423 € TTC pour une subvention de 25 977 €. Des projets ambitieux, financièrement lourds, qui expliquent pourquoi le parcours accompagné peine à massifier.

Ce que le bilan révèle sur les préférences des ménages

La répartition des gestes par niveau de revenus apporte un éclairage intéressant sur ce qui fonctionne réellement.

Parmi les ménages très modestes, le top 3 des gestes financés est : PAC air/eau (16 390 logements), chauffage solaire combiné (4 456) et chauffe-eau thermodynamique (4 173).

Parmi les ménages intermédiaires : PAC air/eau (11 703), poêles à granulés (4 665) et chauffe-eau thermodynamique (2 845).

La PAC air/eau domine tous les segments de revenus, mais le chauffage solaire, le CET et les poêles à granulés sont également très sollicités, notamment par les ménages modestes qui n'ont pas forcément les conditions requises pour une rénovation d'ampleur. Ce sont précisément ces équipements qui sortiront du par geste en septembre.

La répartition des ménages bénéficiaires du par geste dit aussi quelque chose : 35 % de très modestes, 41 % de modestes, 24 % d'intermédiaires. Les deux tiers des bénéficiaires sont donc des ménages modestes ou très modestes, pour qui la rénovation d'ampleur reste souvent hors de portée pratiquement. En supprimant le par geste sur l'essentiel des travaux, c'est ce public qui sera le plus impacté.

Depuis 2020, un bilan cumulé impressionnant mais qui cache des fragilités

L'Anah met en avant son bilan depuis le lancement de MaPrimeRénov' en 2020 : 2,9 millions de logements rénovés, dont 500 769 rénovations d'ampleur, pour 46,7 milliards d'euros de travaux générés et 18,4 milliards d'aides accordées. Ces chiffres sont réels et reflètent l'ampleur de la mobilisation depuis six ans.

Le taux de satisfaction de 91 % affiché dans l'enquête ViaVoice (7 142 bénéficiaires, mai-juin 2026) mérite cependant d'être replacé dans son contexte : il s'agit des bénéficiaires ayant effectivement obtenu leur aide et finalisé leurs travaux. Il ne rend pas compte des ménages dont les dossiers ont été rejetés (9 000 au S1 2026 seul), ni de ceux qui ont renoncé face aux délais d'instruction ou à la complexité des démarches.

Septembre 2026 : une rupture difficile à justifier par les chiffres

Le bilan du premier semestre montre que la demande pour la rénovation par geste est robuste et que les Français l'utilisent massivement pour des travaux de chauffage et d'isolation. Dans ce contexte, la décision annoncée le 28 juin de supprimer en septembre la grande majorité des monogestes du parcours par geste paraît en contradiction directe avec les données.

L'argument des pouvoirs publics est de concentrer les aides sur les rénovations les plus efficaces. Mais le bilan montre que le par geste finance en priorité des travaux de remplacement de chauffage, notamment la PAC air/eau, qui est précisément le geste qui restera après septembre. Ce qui disparaît, c'est l'écosystème complémentaire : l'isolation qui rend la PAC plus efficace, la ventilation qui garantit la qualité de l'air, le chauffe-eau thermodynamique qui complète les économies d'énergie.

Les primes énergie (CEE) continueront de financer l'ensemble de ces gestes après septembre, sans condition de revenus ni d'usage. Elles constituent désormais le principal levier de financement pour les propriétaires qui souhaitent rénover par étapes, en dehors du cadre de la rénovation d'ampleur.

La prime énergie, toujours disponible pour tous les gestes

Isolation des combles, chauffe-eau thermodynamique, poêle à granulés, PAC air/eau : la prime énergie continue de financer l'ensemble de ces travaux après septembre 2026, sans condition de revenus ni de parcours. Simulez gratuitement le montant de votre prime.

Article publié le 27 juillet 2026. Source : Bilan au 1er semestre 2026 des aides de l'Anah, juillet 2026.